Géranium : tisane, médicament ou huile ?

En bref : derrière le mot « géranium » se cachent trois plantes de santé différentes. L'herbe à Robert, un vrai géranium sauvage, se boit en tisane depuis des siècles, mais aucun essai chez l'humain ne montre qu'elle soigne quoi que ce soit. Le pélargonium du Cap (Pelargonium sidoides, ou umckaloabo) est le seul reconnu par l'Agence européenne des médicaments, en « usage traditionnel » contre les symptômes du rhume à partir de 6 ans ; les essais existent, mais ils sont de qualité faible. Le géranium rosat s'utilise en huile essentielle : il parfume, mais il irrite et peut rendre allergique, et il ne s'avale pas.

Mis à jour le 21 octobre 2026.

Trois plantes derrière un seul nom

Le « géranium » des jardineries est presque toujours un Pelargonium, un genre d'Afrique australe que les botanistes ont séparé des vrais Geranium en 1789. Le langage courant n'a jamais suivi, et les rayons santé non plus : selon l'étiquette, « géranium » peut désigner une plante sauvage de nos haies, une racine sud-africaine vendue en pharmacie ou une huile essentielle. L'histoire de cette confusion est racontée sur fleurs.be, dans nos articles sur les géraniums vivaces et sur le pélargonium.

Nom courant Plante Partie utilisée Forme Statut en Europe
Herbe à Robert Geranium robertianum (vrai géranium) Plante entière fleurie Tisane, gargarisme, usage externe Aucune monographie européenne trouvée
Umckaloabo, pélargonium du Cap Pelargonium sidoides Racine Extrait liquide ou sec (sirop, gouttes, comprimés) Monographie EMA : usage traditionnel, rhume
Géranium rosat Pelargonium graveolens et ses hybrides Feuilles et tiges distillées Huile essentielle Parfumerie, cosmétique ; irritant et sensibilisant

L'herbe à Robert : la seule vraie « tisane de géranium »

Herbe à Robert (Geranium robertianum) en fleurs

Herbe à Robert (Geranium robertianum). Photo : sannse, Tapeley Park, Instow, North Devon, 14 mai 2004. CC BY-SA 3.0

C'est un vrai géranium, très commun en Belgique au pied des haies, des murs et dans les sous-bois : petites fleurs roses, feuillage très découpé qui rougit au soleil, tiges rougeâtres et une odeur forte quand on le froisse. Contrairement à la plupart de ses cousins de jardin, c'est une plante annuelle ou bisannuelle.

Ce que dit la tradition

La liste des usages traditionnels est longue, et c'est en soi un indice : une plante censée tout soigner a rarement été testée pour quoi que ce soit. Une revue publiée en 2025 recense, par voie interne, la diarrhée, la gastrite, les ulcères, la grippe, la sinusite, le diabète, l'hypertension, le cholestérol, les rhumatismes, les troubles du foie et même le cancer ; en usage externe, les plaies, les brûlures, les boutons de fièvre, les varices et les inflammations de la bouche (Haj Ali et al., 2025).

Ce que montrent les études

La plante est riche en tanins, en particulier la géraniine, et en flavonoïdes. Les tanins sont astringents : ils resserrent les tissus et réduisent les sécrétions, ce qui explique sans doute l'usage contre la diarrhée et en gargarisme. Mais l'immense majorité des travaux ont été faits en éprouvette (activité antibactérienne, antioxydante, effet sur des cellules cancéreuses) ou chez la souris (ulcère gastrique, glycémie). La même revue ne cite que deux études chez l'humain : des gouttes auriculaires qui mélangeaient herbe à Robert, girofle et lavande, aussi efficaces qu'un antibiotique contre l'otite externe, ce qui ne dit rien de l'herbe à Robert seule ; et un essai cosmétique sur les rides du contour de l'œil, sans amélioration significative. Les auteurs concluent eux-mêmes que les connaissances restent « relativement limitées ».

Les fiches de référence vont dans le même sens : pour aucun des usages traditionnels, les preuves ne suffisent pour juger d'une efficacité ; la sécurité par voie orale est mal connue, aucune dose n'est établie, et, faute de données, mieux vaut l'éviter par prudence pendant la grossesse et l'allaitement (RxList, s.d.).

Une tisane d'herbe à Robert ne remplace pas un avis médical. Une diarrhée chez un jeune enfant ou une personne âgée, avec fièvre ou sang, se montre au médecin : le risque, c'est la déshydratation.

Verdict : usage traditionnel, plausible pour une action astringente locale, non démontré chez l'humain.

Le pélargonium du Cap (umckaloabo) : le seul qui ait un statut de médicament

Feuilles de Pelargonium sidoides

Feuilles de Pelargonium sidoides. Photo prise au Chanticleer Garden, où la plante a été identifiée. Photo : Derek Ramsey (Ram-Man). CC BY-SA 3.0

Une histoire de remède breveté

L'histoire commence au tournant du XXe siècle. L'Anglais Charles Henry Stevens, atteint de tuberculose, part se soigner en Afrique australe ; il affirme avoir été guéri par un guérisseur sotho, au Basutoland (l'actuel Lesotho), avec une racine appelée « umckaloabo ». De retour en Angleterre, il la vend comme remède contre la phtisie, le « Stevens' consumption cure ». En 1909, l'Association médicale britannique (BMA) publie des critiques de ce remède ; Stevens la poursuit en 1912 et perd, notamment parce qu'il refuse de révéler ce qu'il contient. Dans les années 1920 et 1930, le médecin suisse Adrien Sechehaye publie pourtant des résultats favorables, et l'umckaloabo s'installe en Europe (Brendler et al., 2024).

Un siècle plus tard, la racine a fait l'objet d'une bataille juridique. Un laboratoire allemand, fabricant d'un extrait de la racine, avait déposé des brevets sur son usage. En janvier 2010, l'Office européen des brevets en a révoqué un, après une opposition soutenue par la communauté d'Alice, en Afrique du Sud, qui revendiquait le savoir traditionnel à l'origine du remède ; en avril, le laboratoire a renoncé à cinq brevets (Public Eye, 2010). Un cas d'école de ce qu'on appelle la biopiraterie.

Ce que dit l'Agence européenne des médicaments

Le comité des plantes médicinales de l'EMA a publié en 2023 la révision de sa monographie sur la racine de pélargonium (EMA, 2024). Ses conclusions :

  • Indication : traitement des symptômes du rhume.
  • Statut : usage traditionnel, c'est-à-dire fondé sur l'ancienneté de l'usage et non sur des essais jugés suffisants.
  • Bronchite aiguë : non retenue, les essais cliniques étant jugés insuffisants.
  • Âge : à partir de 6 ans.
  • Durée : consulter un médecin si les symptômes durent plus d'une semaine ou s'aggravent.
  • Effets indésirables : très rares troubles digestifs, petits saignements du nez ou des gencives, réactions allergiques ; des atteintes du foie ont été signalées, à une fréquence inconnue.

Ce que montrent les essais

La revue Cochrane de 2013 a retenu huit essais (Timmer et al., 2013). Dans la bronchite aiguë, chez l'adulte (746 patients) comme chez l'enfant (819 enfants), la forme liquide soulageait la plupart des symptômes, pas les comprimés. Un essai sur la sinusite et un sur le rhume allaient dans le même sens. Mais la qualité des preuves est faible pour la bronchite et très faible pour la sinusite et le rhume, et un point pèse lourd : tous les essais venaient du même investigateur, lié au fabricant, et de la même région (Ukraine et Russie), avec des signes possibles de biais de publication. Les auteurs eux-mêmes expriment des doutes. Les effets indésirables étaient plus fréquents qu'avec le placebo, mais aucun n'était grave.

Et le foie ?

Les signalements d'atteinte hépatique ont été étudiés de près. Une analyse de 13 cas signalés spontanément n'en a trouvé aucun où le lien avec le pélargonium était probable : six étaient exclus, six improbables, et le dernier s'expliquait par une autre maladie (Teschke et al., 2012). L'EMA maintient néanmoins la mise en garde : en cas de jaunisse, d'urines foncées ou de douleurs du foie, on arrête et on consulte.

Verdict : faiblement démontré pour soulager un rhume ou une bronchite ; un statut officiel d'usage traditionnel ; des essais tous issus du même fabricant.

Le géranium rosat : une huile essentielle, pas une tisane

Abeille butinant un géranium rosat (Pelargonium graveolens) à Athènes

Une abeille sur un géranium rosat (Pelargonium graveolens), Athènes, 4 mai 2023. Photo : George E. Koronaios, œuvre personnelle. CC BY-SA 4.0

Le géranium rosat est un pélargonium odorant d'Afrique du Sud ; ses cultivars et hybrides sont cultivés à La Réunion et ailleurs pour une huile qui remplace en parfumerie l'essence de rose, beaucoup plus chère (Lawrence, 2002). L'huile est obtenue par distillation à la vapeur des feuilles et des tiges.

Ce qu'elle contient

D'après l'analyse retenue par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA, 2023), ses composants principaux sont le citronellol (environ un quart à un tiers de l'huile), le géraniol (environ 12 %), le formiate de citronellyle, l'isomenthone et le linalol. Ce sont précisément ces molécules qui donnent son parfum de rose… et qui posent problème pour la peau.

Les risques

  • Irritation et allergie : l'EFSA considère l'huile comme irritante pour la peau et les yeux et comme sensibilisante pour la peau et, chez les personnes qui la manipulent, pour les voies respiratoires : à force de contacts, on peut devenir allergique.
  • Étiquetage : le citronellol, le géraniol et le linalol figurent dans la liste européenne des allergènes de parfum que les cosmétiques doivent mentionner sur l'emballage au-delà d'une très faible concentration (règlement (UE) 2023/1545).
  • Ingestion : une huile essentielle n'est pas une tisane concentrée. En Belgique, le Centre de pharmacovigilance a déjà signalé des enfants hospitalisés après avoir avalé des préparations à base d'huiles essentielles (CBIP, 2008). Hors de portée des enfants, donc, et jamais par la bouche sans avis médical.

Ce que montrent les études

Les travaux chez l'humain sont rares et petits. Le plus cité : un essai iranien chez 100 femmes enceintes de leur premier enfant, pendant la première phase du travail. Celles qui respiraient l'odeur d'huile de géranium avaient un score d'anxiété plus bas et une tension diastolique plus basse que le groupe placebo (Rashidi Fakari et al., 2015). C'est un seul essai, dans un seul hôpital, sur un critère subjectif : un indice, pas une preuve.

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Verdict : parfum agréable, effet relaxant possible mais très peu étudié ; risques cutanés bien documentés.

Le tableau verdict

Promesse Plante Études chez l'humain Niveau de preuve
Soulager un rhume Umckaloabo Quelques essais, tous liés au fabricant Faible à très faible ; usage traditionnel reconnu par l'EMA
Soulager une bronchite aiguë Umckaloabo 6 essais (adultes et enfants) Faible ; non retenu par l'EMA
Calmer une diarrhée, un mal de gorge Herbe à Robert Aucune étude de la plante seule Tradition seulement
Diabète, cholestérol, cancer Herbe à Robert Aucune Éprouvette et souris seulement
Réduire l'anxiété (inhalation) Géranium rosat 1 petit essai Très faible
Éloigner les moustiques Pélargonium « citronnelle » Essai de terrain en 1996 Faux : aucune protection (voir fleurs.be)

Pour qui ? Et qui doit s'abstenir ?

  • Rhume chez un adulte ou un enfant de plus de 6 ans : l'umckaloabo est une option d'automédication encadrée, à prendre selon la notice. Ce n'est pas un antibiotique et il n'en remplace pas un quand il est nécessaire.
  • Femmes enceintes ou qui allaitent : l'EMA déconseille l'umckaloabo faute de données ; même prudence pour l'herbe à Robert et l'huile essentielle.
  • Maladie du foie : demander l'avis du médecin avant l'umckaloabo.
  • Peau sensible, eczéma, allergie connue aux parfums : éviter l'huile essentielle de géranium rosat, ou la tester d'abord sur une petite zone, diluée.
  • Jeunes enfants : pas d'huile essentielle à leur portée ; pas d'umckaloabo avant 6 ans sans avis médical.

En pratique

  1. Lisez l'étiquette : le nom latin dit de quelle plante il s'agit. Geranium ou Pelargonium, ce ne sont pas les mêmes effets, et ce qui est connu pour l'umckaloabo ne vaut ni pour les autres pélargoniums, ni pour l'huile de géranium rosat.
  2. Umckaloabo : un produit de pharmacie, avec une notice et une posologie. Si le rhume dure plus d'une semaine, s'aggrave, ou s'accompagne d'une forte fièvre ou d'un essoufflement, consultez.
  3. Herbe à Robert : aucune dose n'est établie. Si vous la récoltez vous-même, soyez sûr de l'identification et choisissez un endroit non traité, loin des routes.
  4. Huile essentielle : en diffusion ou dans une huile végétale pour la peau, jamais pure ni avalée ; rangée hors de portée des enfants.
  5. Interactions : signalez toute plante que vous prenez à votre médecin ou à votre pharmacien, surtout avec un traitement au long cours.

Pour aller plus loin

Pourquoi les tanins « marchent » en éprouvette. La géraniine et les autres ellagitannins se fixent sur les protéines, notamment celles des bactéries et des virus : c'est ce qui donne de beaux résultats sur des cultures en laboratoire. Mais ces grosses molécules sont peu absorbées par l'intestin et transformées par le microbiote ; ce qui agit dans un tube à essai n'atteint pas forcément l'organe visé chez l'humain. C'est tout l'écart entre « activité antibactérienne » et « soigne une infection ».

Pourquoi des essais tous issus d'un même fabricant posent problème. Ce n'est pas une preuve de fraude ; c'est un risque de biais. Quand toutes les études viennent d'une même équipe, financée par celui qui vend le produit, il manque la réplication indépendante qui permet de dire qu'un effet est solide. La revue Cochrane le souligne, et c'est la raison pour laquelle l'EMA s'en tient à l'usage traditionnel pour le rhume.

L'umckaloabo et la cueillette sauvage. La racine est récoltée en Afrique du Sud et au Lesotho ; le litige des brevets de 2010 a posé la question du partage des bénéfices avec les communautés qui détenaient le savoir d'origine, au sens de la Convention sur la diversité biologique.

Testez-vous

Quel « géranium » est reconnu par l’Agence européenne des médicaments contre les symptômes du rhume ?

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Réponse : Le pélargonium du Cap (Pelargonium sidoides, umckaloabo)

L’EMA lui reconnaît un usage traditionnel contre les symptômes du rhume, à partir de 6 ans.

Pourquoi les essais sur l’umckaloabo (Pelargonium sidoides) sont-ils jugés de faible qualité ?

Voir la réponse

Réponse : Ils viennent tous du même investigateur lié au fabricant et d’une même région

La revue Cochrane de 2013 note aussi des signes de biais de publication.

L’huile essentielle de géranium rosat peut-elle se boire comme une tisane ?

Voir la réponse

Réponse : Non, elle est irritante, sensibilisante et dangereuse en cas d’ingestion, surtout pour les enfants

L’EFSA la classe comme irritante et sensibilisante ; une huile essentielle n’est pas une tisane concentrée.

Qu’a-t-on démontré chez l’humain sur la tisane d’herbe à Robert (Geranium robertianum) ?

Voir la réponse

Réponse : Rien de solide : les études portent surtout sur des cellules et des souris

Ses tanins expliquent un effet astringent plausible, mais aucun essai n’a testé la plante seule chez l’humain.

Sources

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