Additifs alimentaires (E…) : dangers réels ou inoffensifs ? Ce que dit vraiment la science

En bref : un numéro E signifie qu'un additif a été évalué et autorisé dans l'Union européenne, pas qu'il est « chimique » ou dangereux : la vitamine C (E300) ou l'acide citrique (E330) en ont un. L'immense majorité des additifs ne pose pas de problème aux doses consommées. Quelques-uns soulèvent de vraies questions, et l'Europe en a déjà retiré ou restreint certains. Le plus utile n'est pas de traquer chaque E, mais de limiter les aliments ultra-transformés, qui en concentrent le plus.

Qu'est-ce qu'un additif alimentaire ?

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) les définit comme des substances ajoutées aux aliments et aux boissons pour une raison technique : les conserver plus longtemps, les rendre plus sûrs, leur donner une couleur, un goût ou une texture. On y trouve des familles très différentes, et les numéros suivent en gros ces familles, avec des exceptions :

  • Colorants : ils donnent ou rendent de la couleur (des E100 aux E199).
  • Conservateurs : ils empêchent le développement des bactéries et des moisissures (E200 et suivants).
  • Antioxydants : ils évitent le rancissement et le brunissement (E300 et suivants).
  • Épaississants, gélifiants, émulsifiants : ils donnent la texture et empêchent l'huile et l'eau de se séparer (E400 et suivants).
  • Édulcorants, exhausteurs de goût, agents levants, etc.

Plus de 300 substances sont autorisées comme additifs dans l'Union européenne.

Ce que veut dire le « E »

Le E signifie que l'additif a été évalué et autorisé à l'échelle européenne, autorisation qui peut ensuite être retirée, comme pour le E171 (voir plus bas). Le numéro ne dit rien de sa dangerosité ni de son origine. Beaucoup d'additifs sont d'origine naturelle ou identiques à des substances qu'on mange tous les jours :

  • E300 : la vitamine C (acide ascorbique) ;
  • E330 : l'acide citrique, présent dans le citron ;
  • E160a : les carotènes, ceux de la carotte ;
  • E440 : les pectines, qui font prendre les confitures.

À l'inverse, « naturel » ne veut pas dire inoffensif. C'est la dose et l'usage qui comptent, pas l'origine.

Un numéro E prouve qu'un additif a été évalué et autorisé en Europe. Il ne dit ni qu'il est dangereux, ni qu'il est sans aucun effet.

Qui décide ?

Le cadre est fixé par un règlement européen de 2008, qui établit une liste unique des additifs autorisés, avec pour chacun les aliments où il peut être utilisé et les quantités maximales.

Les rôles sont séparés :

  • l'EFSA évalue les risques à partir des études scientifiques ;
  • la Commission européenne et les États membres décident d'autoriser, de restreindre ou d'interdire, et fixent les conditions d'utilisation ;
  • en Belgique, l'AFSCA contrôle le respect de ces règles dans les produits vendus.

La dose journalière admissible (DJA) expliquée

Pour la plupart des additifs, l'EFSA fixe une dose journalière admissible : la quantité qu'on peut consommer chaque jour, toute sa vie, sans risque appréciable pour la santé. Elle s'exprime en milligrammes par kilo de poids corporel.

Pour la calculer, on part de la dose la plus élevée qui n'a provoqué aucun effet chez l'animal, puis on la divise en général par 100 : un facteur 10 pour tenir compte des différences entre l'animal et l'humain, et un autre facteur 10 pour les différences entre individus.

Deux conséquences pratiques :

  • dépasser la DJA un jour n'est en général pas inquiétant : la marge est large, et ce qui compte, c'est la consommation moyenne sur la durée ;
  • les personnes les plus exposées sont celles qui consomment beaucoup d'un même produit, et les enfants, qui mangent plus par kilo de poids.

Exemple : pour l'aspartame, la DJA est de 40 mg par kilo. Selon l'OMS, un adulte de 70 kg devrait boire plus de 9 à 14 canettes de soda « light » par jour pour la dépasser (selon la teneur de la boisson), sans autre source d'aspartame.

Les additifs sont réévalués, et parfois retirés

Une autorisation n'est pas définitive. Depuis 2010, l'EFSA réévalue tous les additifs autorisés avant 2009 avec les méthodes actuelles : 315 additifs au total. En septembre 2026, 70 étaient encore en attente, selon la Commission européenne. Ces réévaluations ont déjà changé les règles :

  • Dioxyde de titane (E171) : ce colorant blanc, utilisé dans des bonbons, des pâtisseries ou des sauces, est interdit dans l'Union depuis 2022. En 2021, l'EFSA avait conclu qu'on ne pouvait pas exclure un risque pour l'ADN (génotoxicité).
  • Nitrites et nitrates (E249 à E252) : utilisés dans la charcuterie contre la bactérie du botulisme, ils peuvent former des nitrosamines, dont certaines sont cancérogènes. L'Europe a abaissé leurs teneurs maximales, applicables à la viande et au poisson depuis le 9 octobre 2025.

Danger ou risque : l'exemple de l'aspartame

En juillet 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé l'aspartame comme « peut-être cancérogène » (groupe 2B), sur la base de preuves limitées. Le même mois, le comité d'experts de l'OMS et de la FAO (JECFA) a confirmé sa DJA de 40 mg par kilo.

Ce n'est pas une contradiction. Le CIRC évalue un danger : la substance pourrait-elle, dans certaines conditions, causer un cancer ? Le JECFA évalue un risque : à quelle dose, et quelles sont les quantités réellement consommées ? Le groupe 2B regroupe des preuves faibles ; les deux organismes ont demandé de meilleures études.

Les questions qui restent vraiment ouvertes

Certains colorants et l'attention des enfants

En 2007, un essai britannique en double aveugle (l'étude de Southampton) a observé des scores d'hyperactivité un peu plus élevés chez des enfants après des boissons contenant un mélange de six colorants et d'un conservateur. L'effet était modeste et l'étude a été discutée, mais l'Europe a réagi : les aliments contenant l'un de ces six colorants (E102, E104, E110, E122, E124, E129) doivent porter la mention « peut avoir des effets indésirables sur l'activité et l'attention chez les enfants ». Niveau de preuve : un essai randomisé, effet modeste.

Les émulsifiants et l'intestin

Les émulsifiants (celluloses, mono- et diglycérides, carraghénanes…) sont omniprésents dans les produits industriels. En 2023, une grande étude française (NutriNet-Santé, plus de 95 000 adultes suivis sept ans) a associé une consommation élevée de certains émulsifiants à un risque cardiovasculaire plus élevé. Un petit essai contrôlé de 2022 (16 adultes, 11 jours) a montré qu'une forte dose de carboxyméthylcellulose (E466) modifiait le microbiote intestinal. Niveau de preuve : association observationnelle, qui ne prouve pas la causalité, et un très petit essai. Les auteurs eux-mêmes demandent des études de confirmation.

Additif ou aliment ultra-transformé ?

C'est la difficulté de fond : les additifs les plus discutés sont surtout présents dans les aliments ultra-transformés, eux-mêmes associés à de nombreux problèmes de santé. Il est souvent impossible de dire si c'est l'additif, le reste de l'aliment, ou le mode de vie de ceux qui en mangent beaucoup qui est en cause.

Que faire concrètement ?

  • Ne pas paniquer devant un E : beaucoup sont anodins, et certains sont des vitamines.
  • Limiter les aliments ultra-transformés : c'est la façon la plus simple de réduire l'exposition aux additifs discutés, et c'est conseillé de toute façon.
  • Pour les enfants, surveiller les colorants signalés par la mention d'avertissement, surtout dans les bonbons et les boissons colorées.
  • Charcuterie : en limiter la quantité reste le conseil de base, nitrites ou pas.
  • Se méfier des listes alarmistes qui classent les additifs en « bons » et « mauvais » sans tenir compte des doses.

Dans les prochains articles de cette série, nous examinerons un par un les additifs les plus débattus : dioxyde de titane, nitrites, édulcorants, émulsifiants, glutamate et colorants.

Testez-vous

Que signifie le E d’un additif alimentaire, comme E300 ?

Voir la réponse

Réponse : Qu’il a été évalué et autorisé dans l’Union européenne

Le E indique une autorisation européenne ; E300 est d’ailleurs de la vitamine C.

Que se passe-t-il si l’on dépasse un jour la dose journalière admissible d’un additif alimentaire ?

Voir la réponse

Réponse : Ce n’est pas inquiétant : la DJA vaut pour une consommation moyenne sur toute la vie, avec une large marge de sécurité

La DJA intègre en général un facteur de sécurité de 100 et porte sur la consommation quotidienne à long terme.

Quel additif alimentaire est interdit dans l’Union européenne depuis 2022 ?

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Réponse : Le dioxyde de titane (E171)

L’EFSA ne pouvait plus exclure un risque génotoxique : le E171 a été interdit en 2022.

Combien de canettes de soda light par jour faudrait-il à un adulte de 70 kg pour dépasser la dose journalière admissible d’aspartame ?

Voir la réponse

Réponse : Plus de 9 à 14, selon l’OMS

La DJA de l’aspartame (40 mg/kg) a été confirmée en 2023, malgré son classement « peut-être cancérogène » par le CIRC.

Avertissement

Cet article est une synthèse d'information. Il ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un diététicien, en particulier en cas d'allergie, d'intolérance ou de maladie digestive.

Sources

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